A l’heure du choix

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A l’heure du choix

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Non, désolé, je ne crois pas que pour cette rentrée des vacances estivales, vous ayez le choix de rester à la plage, oublier les tracas du boulot, et attendre de voir ce qui se passe !

Encore que… formellement, vous pouvez choisir cette voie, mais vous et moi savons bien que les inconvénients vont être sérieux et rapides. La rationalité, quand elle penche clairement d’un côté,  s’impose à la décision.

Ceci dit, il est fréquent qu’on aborde l’été avec une décision personnelle importante à prendre, un dilemme devant lequel la raison cale. Parmi les questions estivales de mes clients, je peux citer :
« J’ai deux acheteurs potentiels pour mon entreprise ; vais-je dire oui à l’un ou à l’autre ? »
«  je dois choisir entre prendre le poste et m’engager encore plus, et probablement briser mon couple, ou non et retrouver une vie de famille »
« je dois choisir entre rester ou partir »
« J’ai obtenu deux jobs »
«  je suis admis dans deux écoles »

Ce billet est pour eux, pour moi qui les accompagne, et pour tous ceux qui se trouveraient confrontés à des situations analogues. J’ai souhaité mettre en mots quelques approches et outils pour ces situations de choix personnel difficiles.

Face aux décisions à prendre, tout conseiller un tant soit peu  rationnel vous proposera de décomposer votre problème en plusieurs critères. Si vous êtes un peu travaillomane (c’est mon cas), vous aurez bientôt un tableau Excel à douze colonnes, chacune avec sa pondération. Raffinez, tournez un peu les boutons, et… voilà les scores qui s’égalisent comme par enchantement!  Bocage, vide, angoisse de vous tromper, panique de ne pas avancer… Vous prenez d’autres avis, cherchez des conseillers de « bon sens », mais finalement ils ne connaissent rien à votre problème. Vous êtes coincé !

Pour certains au contraire, le choix pourra être plus facile mais instinctif, vous serez envahi par des émotions contradictoires, et tenté de passer à l’action avant même de vraiment savoir pourquoi.

Alors comment pouvons-nous, en coaching, aider nos clients dans l’hésitation ? D’abord peut-être, en prenant conscience de quelques réalités de la prise de décision. cela nous amènera ensuite à quelques suggestions de méthode.

Les mécanismes des décisions sont plus riches qu’on ne le croit

Mécanique Les économistes font semblant de croire que l’homme prend ses décisions sur la base d’une évaluation rationnelle des avantages et des inconvénients de chaque branche de l’alternative. A croire qu’ils n’ont jamais rien décidé ! (S’agissant d’économistes, cela n’est pas entièrement impossible). Dans le monde réel, nous savons tous que l’intuition, le feeling, les jugements de valeur, sont fortement présentes dans nos décisions. «Jje ne le sens pas », « finalement ça me convient », « j’ai envie de commencer maintenant », … voilà des expressions bien émotionnelles et bien réelles.

La neuro-psychologie actuelle est encore loin de cerner le mécanisme de la décision elle-même, mais elle met en évidence des situations simples où l’action précède la prise de conscience, comme si l’esprit et la rationalité ne servaient qu’à formuler, légitimer (ou censurer le cas échéant) des décisions déjà prises ailleurs, inconsciemment. Elle montre aussi l’implication des « circuits de la récompense » dans la prise de décision : comme s’il nous fallait simuler intérieurement les bénéfices attendus, pour choisir une voie d’action.

En bref et sans faire de théorie trop ambitieuse, je crois que nos décisions importantes peuvent s’exprimer de manière rationnelle mais elles se prennent, en réalité, en interaction avec des processus émotionnels profonds, voire inconscients. Et c’est très bien ! L’intuition, l’instinct, le désir apportent des contributions riches que les mots de la raison ne sauraient pas restituer aussi finement.

Le défi d’une bonne décision, c’est donc la qualité de l’alliance : entre les réalités, la raison, les émotions, l’instinct, l’environnement. Trop de raison et trop peu d’accès aux émotions, situation la plus fréquente chez les cadres et dirigeants : blocage, indécision – quelque chose en nous met son veto à la décision, tant que l’émotionnel n’est pas inclus. Et si l’on persiste, il (l’émotionnel) reviendra sous forme d’anxiété, de doute intérieur. Instinct trop forts: passages à l’acte irrationnels. Emotions trop fortes : flottement, instabilité, incertitudes.

Alors, comment favoriser ce jeu d’’alliance, le jeu d’équipe entre les différentes parties de nous-mêmes ?

Donner leur juste place aux dimensions émotionnelles

table-ronde-jpg« Moment de décision », c’est l’origine étymologique du mot actuel « crise », et dans ces moments de décision des forces intérieures de toutes sortes cherchent à se placer, à faire pencher la balance en leur faveur : injonctions parentales (souvent, elles sont particulièrement puissantes pour les choix de carrière), peurs de l’échec, ambitions, vision de soi-même,… nous sommes tous habités par ces scénarios conscients ou inconscients.

Ainsi le travail de prise de décision, et l’accompagnement correspondant, pourront soulever des questions intérieures, des émotions, des difficultés fortes.  A nouveau, le travail ici consiste à accueillir ces éléments à la lumière de la prise de conscience, pour les réinscrire autant que possible dans l’alliance avec nous-mêmes.

Voici quatre propositions d’approches simples, pour permettre aux contenus émotionnels d’émerger, de s’exprimer dans le sprises de décisions :

  • Explorez la question « comment »

Comment ça va être, dans le choix A et le B ? Racontez-moi le premier jour, les premiers mois, la première année…

On cherche ici à donner du corps aux solutions alternatives : il s’agit de raconter des lieux, des gens, des situations, des échanges, des voyages….- de visualiser son futur ; de se mettre en situation le plus concrètement possible. « Comment ressentez-vous, appréciez-vous, chaque épisode ? » Du point de vue neurologique, on instruit ici nos circuits d’évaluation de la récompense, qui vont ensuite nourrir la décision. Et cette question fait bien souvent découvrir beaucoup sur chaque scénario, des aspects que l’on n’avait pas envisagé.

  • Inversez la question « pourquoi »

Ce mot français est fantastique, il permet de condenser le passé et le futur.. au lieu de « pour quelle raison » vous allez décider A ou B, pouvez-vous dire « pour faire quoi » vous décideriez A ou B. Dans votre langage, lié à la carrière, au métier, aux goûts et projets personnels, à vos valeurs… S’agit-il de déployer vos capacités, d’apprendre, de progresser dans votre carrière, de transmettre, de servir, de rétablir l’équilibre vie privée-vie professionnelle, ou encore de tirer tout simplement le maximum de la situation ? Cette question appelle, bien sûr, tout le thème des finalités  du sens – de manière très concrète.

  • Racontez votre réussite

Elle prendra un tour différent, une saveur différente, dans chaque scénario. Quelle sera votre histoire « héroïque », dans l’un et dans l’autre ? Quelles ressources aurez-vous mis en œuvre, qu’aurez-vous apporté au monde, et retiré de cette expérience ? Comment votre « pourquoi » aura-t-il été satisfait ?
Adepte d’une psychologie positive qui inclut l’ombre, plutôt que de la nier, il m’arrive à ce stade de proposer  les obstacles, les difficultés, les déceptions qu’il faudra surmonter (il semble que je sois assez créatif à ce jeu). In fine, l’histoire réussie n’en aura que plus de consistance. Cette approche synthétise en quelque sorte les deux précédentes, c’est une narration, une visualisation porteuse de sens. On reliera tout cela aux éléments factuels de la situation, par exemple pour un choix de job, on reliera cette histoire aux qualités démontrées de la personne. L’histoire doit être réaliste, mais la manière de la raconter doit inclure l’intention de vie de la personne, et toutes les vies porteuses d’intention sont héroiques.

  • Dézoomez

Ou « prenez du recul », mais sans le désengagement que cette expression implique. Recul « spatial » : Cette histoire future, ce scénario, comment le perçoivent les autres acteurs ? Vos collègues, votre conjoint, vos parents, votre famille, vos amis ? Recul « temporel » : comment s’inscrit ce scénario dans l’avant, dans ce qui constitue aujourd’hui vos racines, et dans l’après, dans votre parcours de vie ?

Il y a un cinquième et dernier outil, vous l’avez déjà vu tout en haut de l’article : lâchez prise !

Les questions ci-dessus ont permis d’explorer, de mettre au jour des contenusdu domaine émotionnel. Votre job de décideur, mettre tous les éléments autour de la table dans un respect mutuel, est fait. Il faut maintenant en faire une synthèse, mettre l’alliance en mouvement. Vous ne pourrez pas le faire dans le stress et la fatigue, dans la pression du travail, sous trop forte contrainte du temps. Lâchez la question et nourrissez-vous des vitamines, des oligo-éléments, des harmonies visuelles et sonores, des compagnies qui vous font du bien.

Au retour, vous aurez décidé !

nuage

« … j’ai examiné mon esprit, mes désirs, mes peurs, mon devoir; j’ai fait face à toutes leurs questions. A la fin j’ai réalisé que j’étais libre, que je pouvais choisir ma voie selon mon coeur. Ma décision n’est pas forcément la plus facile mais je l’assume, elle exprime qui je suis, elle écrit une belle page de mon destin ».

2016-11-03T08:54:12+01:00

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