Comment a-t-on pu en arriver là ?

Les électeurs US ont osé : ils ont élu, avec d’ailleurs moins de voix que sa rivale, un bien étrange futur Président. Une campagne d’une agressivité inouïe, un vote en forme de concours de détestation, un élu obligé d’affirmer « n’ayez pas peur », après l’avoir générée à l’envi …

Les consultants et les coachs ne font pas de politique, mais aujourd’hui j’ai souhaité porter un regard particulier sur cette élection, inspiré des principes du Leadership Humaniste tels que j’essaie de les défendre sur ce site et dans mon activité professionnelle.

Leadership Humaniste ? Une synthèse du concept, sur ce site

J’aborderai trois questions :

  • Qu’est-ce qui cloche, dans ces élections américaines de 2016 ?
  • En quoi le modèle du Leadership Humaniste, permettrait-il d’éclairer cette situation ?
  • A notre niveau, cher lecteur, quelles leçons en tirer  ?

Toute analogie éventuelle avec des situations existantes, que ce soit dans nos organisations de travail, dans notre vie sociale, ou même dans la vie politique française, sera bien sûr purement fortuite et donc, potentiellement pertinente…

Qu’est-ce qui cloche ?

Pas d’analyse politique ici, et j’essaie de rester neutre. Mon observation ne porte pas sur les programmes, mais sur les processus de cette campagne, la manière dont elle s’est déroulée, et sur le sens, la signification véhiculée par ces processus.

Quelles valeurs les candidats ont-ils mis en avant, exprimé, porté ? Quelle vision ont-ils proposé à leur nation ? Quelle a été la qualité de leurs échanges ?  Quelques observations :

Côté républicain

La France a abondamment frémi des excès de la campagne républicaine :

  • Des valeurs d’exclusion (« nous » contre « eux »), de violence, d’individualisme
  • Un personnage narcissique, qui affirme sa supériorité personnelle
  • Une vision simpliste du monde et de la réalité (on se fiche du réchauffement climatique…)
  • Un programme flou et paradoxal : baisser les impôts (des riches), augmenter les dépense (militaires), réduire le déficit..
  • L’agression constante de sa rivale sur le plan personnel, y compris en menaçant de l’emprisonner

Alors, qui a-t-il attiré et pourquoi? La peur, le rejet du système ?  Sans doute, et de manière complexe : les gens qui ont peur se rallient à celui qui fait peur, et ceux qui rejettent le système élisent un de ses purs ou pires produits… cela m’évoque l’attirance du chat pour les phares de la voiture qui le menace. Mais prenons un peu de distance : il a aussi  su incarner aux yeux des électeurs, une expression excessive de valeurs qui sont légitimes : l’identité, la force, l’énergie, la fierté, le courage,  le changement…

Côté démocrate

Les américains n’aiment pas Hillary Clinton… Ne la percevant qu’à travers le vernis des media français, je remarque que :

  • Les valeurs de la raison, qu’elle exprime, sont voilées par une impression d’arrogance, de calcul, de manipulation
  • Son discours humaniste n’est pas raccord avec sa situation personnelle de patricienne
  • La vision qu’elle incarne, qu’elle le veuille ou non, est celle de la survie du « système » qui a généré une société incroyablement inégalitaire, qui s’est laissé conduire par la finance mondiale, qui n’a pas de boussole morale… et que son propre époux a nourri lors de sa présidence.
  • Elle n’a pas proposé de changement marquant
  • Dans les débats, sa supériorité intellectuelle a du faire enrager les gens qui en ont assez de se sentir inférieurs. Certains ont dû préférer le cancre, auquel ils se sont associés!

Valeurs entachées d’un doute, projet immobile… Ça n’a pas fonctionné. Sur le fond, on a vu l’expression trop faible et peu convaincante, de valeurs qui sont ici aussi légitimes: la raison, l’équilibre, la solidarité, l’anticipation,…

Au final, nous héritons d’un gouvernement US animé par une équipe de gangsters plus ou moins cinglés, ignares et agressifs. Ceci dit, nous sommes aujourd’hui en période de formation de l’équipe de gouvernement, et pas mal d’eau a déjà coulé dans le gros rouge du Trumpisme… qui peut encore faire de belles taches. A l’inverse, rien ne dit que la présidence Clinton aurait été pacifique et sympathique pour le monde, ni pour la classe populaire américaine : rien, absolument rien dans son programme ne s’attaque à sa paupérisation, à la désintégration qui suit les pertes d’emploi, à la violence (y compris policière) qui règne, à l’arrogance cynique des financiers aux bonus indécents.

Quoi qu’il en soit de l’avenir, nous avons :

  • des dirigeants qui incarnent des valeurs légitimes, mais soit dans un excès, soit dans une insuffisance : c’est un concours entre agressivité et immobilisme.
  • un dialogue essentiellement négatif, en agressions et défenses.
  • des discours qui n’ont que peu à voir avec la réalité de ce qui sera fait : Trump dit tout et son contraire dans la même phrase, Clinton est plus cohérente mais sait parfaitement que le congrès américain l’empêchera de faire quoi que ce soit.
  • un gagnant élu avec moins de voix que la perdante.

Alors oui, il y a quelque chose qui cloche..  Si c’est une démocratie, elle n’est pas en bonne forme; si c’est un exercice de leadership, il n’est pas convaincant.

Le regard du Leadership Humaniste

On retrouve dans le schéma ci-contre, qui résume quelques concepts du Leadership Humaniste, les deux positionnements de la « diagonale orange » :

  • un positionnement essentiellement agressif
  • un positionnement essentiellement immobile

Cependant, ces deux positionnements en dérive expriment d’une manière excessive, des positionnements sains. C’est un regard spécifique du Leadership Humaniste : la plupart des excès, des dérives peuvent être rattachés à une impulsion de vie positive, même si elle est déformée. L’agressivité de Trump se construit sur un excès de courage, d’énergie, de force; l’immobilité de Clinton est un excès d’équilibre, de raison, de solidarité sociale.

Que nous apporte ce regard, cette présentation des choses ? D’abord un point de vue élargi. L’élection US est incompréhensible ou terrifiante, si l’on n’y voit qu’un combat gagné par la méchanceté contre la raison. Elle est plus interprétable si l’on comprend que le besoin de leadership, au moins lorsque la vie s’écarte de son idéal, est vital pour l’homme. En absence d’un leadership riche de sens, la société choisit n’importe quel leadership , même excessif voire perverti,  plutôt que pas de leadership du tout. L’humanisme démocrate traditionnel n’existait plus, n’était plus vivant, plus incarné dans un projet convaincant ou mobilisateur (sur le schéma, la proposition démocrate était presque au centre, là où l’énergie est nulle).

Enseignements

Peut-on imaginer à quoi ressemblerait une proposition de Leadership Humaniste, dans cette situation ? Bien sûr, non – le Leadership Humaniste n’est pas une norme. Et puis, le sujet me dépasse.

Ce que propose ce modèle, c’est de chercher du côté de la « diagonale bleue » : Moins d’agressivité d’un côté, plus de mouvement de l’autre; plus de solidarité  d’un côté, plus de courage de l’autre; plus de raison d’un côté, plus d’inititiative de l’autre… Rien n’empêche d’ailleurs d’appliquer le courage et l’énergie à l’humanisme.

La voie du Centre ? Pas si l’on recherche le centre « au milieu », là où les énergies s’annulent; oui si l’on cherche le centre partout, dans l’addition des valeurs positives.

Aux échelles que vous et moi vivez au quotidien, dans les entreprises, les équipes, les structures administratives ou associatives, qu’est-ce que tout cela nous dit ? La force, l’énergie, la « rupture » poussées à l’excès ne mènent à rien de bon, elles finissent par rétrécir l’esprit et par casser les contrats relationnels, le sentiment d’appartenance, la loyauté. La solidarité, l’attention aux autres, la raison équilibrée, lorsqu’ils sont érigés en absolus, finissent par nous étouffer. La quête de notre époque est celle d’un leadership exigeant et bienveillant, d’un humanisme sans concession aux impératifs des réalités.

Les hommes et les femmes ont, semble-t-il, un besoin vital de leadership humaniste. Privés de cette proposition ils sont capables, et c’est la leçon que je tire de cette bien triste élection US, d’en rechercher les bribes les plus caricaturales. Dirigeants, managers, à vos responsabilités !