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« Elle ne fait que commencer », me dit un grand économiste ce matin à la radio. Aïe Aïe Aïe… « Elle », c’est LA CRISE, cette hydre aux mille têtes toujours repoussantes, dans les deux sens du terme.

Elle n'épargne pas les organisations, entreprises privées ou administrations publiques, et pourtant il ne se dit pas grand chose sur les postures de leadership, de management, ou tout simplement de comportement professionnel, adaptées à cette situation.

La crise, c’est aussi étymologiquement le temps de la a décision, le moment où la maladie, où le destin du malade basculent vers un nouvel état.

A cette même radio, mais aussi dans les médias du jour, je comprends qu’on attend que QUELQU'UN’un coupe toutes les têtes, apporte des réponses et pose des actes définitifs. Comme chacun sait, les français sont incapables de poser une soustraction entre revenus et dépenses, mais LUI, oint de l’huile sacrée premier choix du suffrage universel, doit savoir réduire les dépenses en améliorant les services publics, augmenter les revenus de l’état en diminuant les impôts, et surtout répartir justement l’effort sur les autres tout en m’offrant enfin, à moi, les signes sonnants et trébuchants d’une reconnaissance longtemps attendue. Et malheur à LUI s’il n’y parvient pas, nous disent les tribuns handicapés de la soustraction !

Je ressens personnellement une vraie tristesse, une forme d'angoisse à ressentir cette projection massive de (presque) tout un pays sur un  Autre, capable de régler ses problèmes. Le leadership, dit-on, est déterminé avant tout par ses suiveurs. Tous les coaches connaissent bien le Triangle Dramatique de Stephen Karpman : à quelle figure de Sauveur ou de Persécuteur, cette posture collective de victime incapable va-t-elle donner le jour ? Le souvenir me revient de cette foule hurlant son approbation à l'orateur, en réponse à cette phrase : "JE donnerai du travail à chacun de vous, quelq"uen soit le prix". C'était une retransmission, le discours a été prononcé en 1934, en Allemagne.

Dans les organisations, privées ou publiques, on rencontre aussi fréquemment aujourd’hui ces « crises de leadership » : tout semble aller mal, et les regards critiques convergent vers le haut, les directions, les lois, les « systèmes ».

Mais la crise, c’est aussi étymologiquement la décision, le moment où la maladie, où le destin du malade basculent vers un nouvel état. En tant que coach, je n’ai pas de réponse aux situations de crise, mais j’ai une proposition de processus : le questionnement sur notre décision, notre contribution  personnelle. Que je sois dirigeant, manager, employé, coach-consultant, journaliste, simple citoyen, mes actes comptent et font pencher les balances. Quel monde post-crise, puisque le nôtre chancelle, mes actes quotidiens construisent-ils ? Quelles relations humaines, quelles valeurs, quelles aspirations mes actes quotidiens promeuvent-ils ? Qu'est-ce que j'apporte, quelle est ma petite pierre dans la résolution des choses ? Quelle est enfin, ma manière – strictement personnelle – de donner du sens à ce que je fais ?

Non pas que je croie que les dirigeants, le "système", n'aie pas de responsabilité dans la crise – et  qu'il soit de la responsabilité des gens de les sauver. Mais je crois que chacun possède une parcelle de solution, de créativité, de liberté et qu'aujourd'hui, collectivement, nous avons besoin que ces énergies se manifestent. L'alternative, continuer comme si de rien n'était en serrant juste encore un peu plus tous les  boulons, en se voilant la face sur les sistuations le splus difficiles, aurait-elle un sens ?

Le coaching aujourd’hui se doit à mon avis, s’il se dit humaniste, d’ouvrir ce questionnement à l'échelle de chaque client, de chaque équipe. Il est difficile, car semé d’injonctions morales, d’idéologies, de partis pris, de préjugés – et s'approcher de la voie de l’action juste,  adaptée à la réalité de chacun, demande de l’humilité, du respect, de la maturation. Il ne s'agit pas d'ouvrir une boite de Pandore. Mais cette voie délicate, la voie de l'individuation de chacun dans son rôle professionnel, est aussi celle de la vie, celle que la situation appelle.

Qu’en pensez-vous ?

 

Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.

Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer

Antonio Machado

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