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Une très intéressante interview d'Yves Clot, titulaire de la chaire Psychologie du travail au CNAM, mise en ligne sur le site de la Haute Hautorité de Santé. La vidéo est en deux parties qui répondent à deux questions :


Q1 Selon vous, pourquoi parle-t-on aujourd'hui autant des problèmes de santé physique et psychologique liés au travail ?

Q2 Quel lien faites-vous entre qualité de vie au travail et qualité du travail?

Je m'intéresse particulièrement à la première question. Yves Clot évoque bien sûr le rôle des média qui se sont "saisis" du sujet. Mais beaucoup plus fondamentalement, pour lui ces problèmes de santé au travail sont véritablement en augmentation, ils représentent une tendance profonde. Pourquoi ?

Pour Yves Clot, les gens qui travaillent ont aujourd'hui "du mal à se reconnaître dans ce qu'ils font", "du mal à regarder le travail qu'ils font comme défendable, valable à leurs propres yeux". On ne s'y retrouve pas, dirait très justement une formule populaire.

J'y ajoute un terme qui à mon avis, offre une clé pour comprendre cette tendance : tout cela, fondamentalement, c'est une désertion du sens. Le travail a de moins en moins de sens. par exemple, et suivant les sensibilités de chacun :

  • parce que nous n'avons pas le sentiment de grandir dans un métier, une habileté, une capacité
  • parce que le travail ne nous donne plus la fierté et la sérénité qu'il pouvait offrir auparavant
  • pace que le sprocédures, l'organisation ou les stratégies nous smeblent absurdes, nous empêchent de faire du bon ou du beau travail
  • parce que les liens de confiance avec les employeurs sont brisés, licenciement après licenciement
  • parce que le sentiment de communauté et de camaderie ont moins cours
  • parce que nous demandons plus d'autonomie qu'avant, supportons moins l'autorité
  • parce que l'ascenceur social ne fonctionne plus – nos enfants ont beaucoup de chances d'avoir une vie plus difficile que la nôtre.
  • parce que la mission du travail de ces 100 dernières années, nous amener à une prospérité matérielle minimale, est achevée
  • parce que notre travail sert à enrichir des gens déjà trop riches
  • parce que ce que nous produisons est nuisible pour l'environnement, n'a pas de qualité
  • parce que la société actuelle nous donne peu de thèmes, de pistes pour protester, nous opposer, exprimer notre insatisfaction
  • etc..

Bref, on ne trouve plus autant qu'avant, dans le travail, l'occasion d'apprécier, de faire vivre des valeurs personnelles et collectives. Bien sûr, c'est une généralisation et bien heureusement, nombre d'artistes, d'artisans, de professionnels et… quelques managers encore, y échappent.

Même s'il n'évoque pas cette "clé du sens", Yves Clot conclut par une position à la quelle je souscris : Cette tendance profonde dilue les énergies, gaspille les capacités d'engagement des personnes, et elle ne sera pas endiguée par de petites mesurettes de confort. Il faudra pour s'y atteler sérieusement au problème, de vrais échanges, de vraies discussions approfondies entre les parties prenantes.

Je reprends la parole ici pour affirmer qu'il y faudra rien moins que réinventer l'activité et le travail, petit à petit, en y réintroduisant les valeurs et les objectifs humains que la cristallisation sur l'économique et le financier menacent d'écarter. Sans cette réflexion – qui peut avoir lieu par petits pas, aux échelles microscopiques comme macrscopiques -, on continuera à accumuler des tensions…