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free thinkerJ’aime bien les sujets difficiles ! Celui-ci, c’est un gros. La spiritualité, c’est du domaine privé! Le coaching veut déjà se mêler de nos motivations, de nos émotions, et là il veut s’occupper de notre spiritualité !

Bon, j’ai compris que ce sujet était dangereux. Donc, je me lance. Je me contenterai de quelques réflexions exploratoires, à prendre comme une recherche en cours.

Une page de pub : le désir de réfléchir à ce sujet m’est venu à la lecture des excellents « brefs » de François Delivré (pour les retardataires, aller voir www.brefs.info et s’abonner – c’est un must).  Pour être complet, les études de philo de ma fille (en terminale) m’ont aussi poussé à aborder ce sujet un peu abstrait.

François nous y rappelle que la dimension spirituelle est une réalité factuelle, au moins psychologique: « les idées et les croyances sur les réalités spirituelles sont bien réelles et agissantes ».

Alors, si cette dimension est une réalité au moins psychologique, quel rôle joue-t’elle au sein des relations d’aide en général, du coaching en particulier ? Une réflexion sur cette dimension peut-elle enrichir ma pratique? Je l’espère (c’est une croyance…) mais n’en sais fichtre rien. Cherchons !

On ne peut pas ne pas avoir de vie spirituelle

On entend par « vie spirituelle » une activité liée à nos croyances supérieures – nos croyances concernant ce qui est au-delà du monde sensible, avant, après, au-dessus, au-dessous, autour ou au-dedans de nous,  suivant la culture et les inclinations de chacun.  La vie spirituelle prend pour certains la forme de pratiques religieuses, de rituels; pour d’autres celle de réflexions intellectuelles, philosophophiques, voire mystiques ; pour d’autres encore elle se traduit par des actions spécifiques, caritatives par exemple. Enfin pour certains elle est inexistante ou imperceptible.

Il y a plusieurs mots possibles pour désigner nos  croyances supérieures : la Foi,  les valeurs morales et spirituelles, les convictions ultimes.  La plupart des coachs et autres thérapeuthes humanistes savent bien que notre vie s’appuie sur des croyances. Pas seulement des croyances « supérieures », d’ailleurs  :

  • Elaborées dans la petite enfance et appliquées obstinément aux situations d’aujourd’hui, elles débouchent sur les « scénarios » de l’Analyse Transactionnelle – ces « tanières psychiques » dans lesquelles on se réfugie lorsqu’ affronter la réalité nous paraît trop difficile.
  • Revues et construites sur la base de l’expérience, elles deviennent des convictions, issues du passé mais adaptable à la réalité.
  • Pratiques, elles servent à fonctionner. Je crois que le RER fonctionnera encore tout à l’heure et me ramènera à la maison. Strictement parlant, c’est une croyance au-delà du monde sensible : il y a beaucoup de chances que le RER passe, mais quelques-unes qu’il ne passe pas (accidents, grèves, …)
  • Philosophiques, elles s’apprentent qu’on le veuille ou non à la religion, en proposant une vision du monde. J’ai la croyance nette qu’il n’existe pas d ‘être supra-terrestre supervisant le monde : mon matérialisme athée est une croyance.
  • Etc : nos croyances sont la trame de notre personnalité. Sans croyances, nous sommes un écran vierge : notre perception directe de la réalité ne suffirait pas à y relier un sens.

L’évolution de nos croyances, leur ramification, leur enrichissement, leur complexification, leur remise en cause, leur affirmation extérieure dans la parole, leur utilisation pour l’interprétation et l’action, leur maturation : n’est-ce pas le chemin de toute vie ?

C’est mon affirmation du jour : la vie, c’est la vie de nos croyances, et le processus de leur évolution est le même, qu’il s’agisse de « petites » croyances quotidiennes ou de « grandes » croyances spirituelles.

Le langage courant porte des traces de cette similitude : certains afficheront sans difficulté leur religion de la qualité , leur croyance dans les hommes, leurs valeurs supérieures d’équité et de bon traitement des autres, voire même leur choix de soumission à l’intérêt du groupe : autant de formulations qui flirtent – prudemment – avec le religieux.

Entre « vie spirituelle » et « vie des croyances de toutes natures», il n’y a qu’une différence de nom ou de dimension – la vie spirituelle s’intéresse aux grandes choses, au moins en Occident – mais pas de différence de processus ni de nature.

Watzlawick nous avait déjà retiré la possibilité de ne pas communiquer, nous voilà interdits de non-vie spirituelle ! (Mais bien sûr, ce n’est que ma croyance…)

Les croyances du coach

Notre métier de coach se fonde bien sûr sur nos propres croyances. Socrate, ou du moins l’image de lui qui l’a promu parrain et défricheur posthume du marché du coaching, croit que ses interlocuteurs peuvent parvenir à des idées et à une vie plus justes, et qu’il peut les y aider. Les coachs sont envahis de croyances similaires :

  • Nous croyons que le client pourrait trouver des solutions à ses problèmes.
  • nous croyons à son génie personnel – et aussi que notre devoir est quelquefois de le confronter, lorsque le nôtre nous semble tout de même plus raisonnable.
  • Nous croyons – aux débuts surtout  – à nos modèles et grilles d’interprétation : « le client « est » un travaillomane invétéré sous stress coincé dans son Parent pour éviter de vivre son deuil »… ou toute autre chose encore.
  • Nous croyons que lorsque notre client nous dit « ah oui! C’est ça, comme vous avez raison! », ça lui fait du bien. Il est vrai qu’en général dans ce cas, il revient et cela est au moins bon pour nos affaires.
  • Nous croyons que notre cadre méthodologique est important. Le coaching, ça n’est pas du conseil, ça n’est pas de la psy, c’est une « posture » toute différente.. ( qu’est-ce qu’une « posture » ?)
  • Etc…

Notre développement professionnel de coach, c’est donc aussi la maturation de nos propres croyances. Et si nous sommes utiles, c’est justement parce que nous en avons – je parle des croyances,  et que nous avons décidé de les mettre en oeuvre, de les exprimer dans l’action, de les enrichir au fil de l’expérience – de livrer nos croyances à un processus continu de maturation consciente.

Le coaching comme processus … religieux

L’étymologie courante du mot « religion » amène à « relier » : relier l’humain au divin, relier les humains les uns aux autres.

Les rituels et les pratiques d’une vie religieuse consistent à faire vivre et mûrir nos croyances spirituelles, à les « relire » – c’est une autre étymologie possible de « religion ». Certains les vivent de manière figée et dogmatique, il semble que la maturation ne se produit pas. Pour beaucoup d’autres, l’expérience religieuse est un enrichissement de la Foi.

Dans le processus du coaching, nous-mêmes coachs nous relions à nos croyances de coach pour les mettre en oeuvre et les proposer à notre client dans la relation. En essayant ainsi d’ exprimer au mieux nos croyances, de les valider avec l’autre, de les actualiser et de les faire progresser, nous poursuivons une certaine forme de vie.. religieuse, associée à notre « spiritualité » – nos croyances – de coach.

Quand à notre client, au cours de nos échanges il découvre certaines de ses propres croyances, les relativise peut-être en les confrontant aux réalités, les affine, les précise, les enrichit.  Il travaille et assouplit ses croyances sur lui-même, les autres et le monde – ce que l’Analyse Transactionnelle nomme « scénario », mais aussi ses croyances supérieures, ses valeurs. Il se relie à ses croyances,  et les relit pour les faire grandir.

Coacher en conscience

Bien sûr, le cadre du coaching est laïque – sauf à avoir officiellement « charge d’âmes ».  Je ne crois pas qu’interroger le client sur ses orientations spirituelles au sens classique soit légitime ni utile.

Cependant, cette analogie spiritualité – croyances lus ordinaires, ou pratique religieuse-processus du coaching, m’amène à quelques réflexions.

  • D’abord, m’interroger toujours sur ce qui chez moi est de l’ordre de la croyance, pour maintenir la discipline d’une relation libre avec mon client.

Je sens bien qu’il a un déséquilibre des états du moi, une personnalité Process Com en mécommunication typique, des méconnaissances graves ? Croyances que tout cela. Qu’il ferait bien de faire un coaching ? Croyance. Que ça serait bien qu’il formule des objectifs plus ambitieux, plus profonds, plus concrets? Croyance. Qu’il est génial, qu’il va trouver, qu’il a compris, qu’elle est une belle personne, qu’elle avance ? Croyances, croyances encore.

Ce n’est pas que mes croyances soient nuisibles; ce sont elles qui me font coach. Partager d’égal à égal ce qui me vient et me tient à coeur, et travailler à ce sujet ensemble, c’est autre chose que de le déclarer comme vérité – ou pire encore, de garder une croyance pour moi sans lui donner la possibilité de mûrir par l’échange. Dans le coaching, le coach livre ses propres croyances au risque et aux apports de l’échange. Sinon, il fait autre chose.

  • Me tenir prêt à accompagner mon client dans ce processus de maturation des croyances.

Bon, il a un comportement qui échoue; je peux l’aider à le constater et à évoluer. Mais qu’est-ce qui l’y amène? Son scénario, ses méconnaissances, ses convictions conscientes ou inconscientes… Souhaitons-nous les explorer? A quelle croyance fait-il allégeance lorsqu’il réussit, lorsqu’il échoue ?

Restons cadrés ici sur le contrat et les objectifs. Le client se satisfera peut-être d’une exploration de ses croyances sur ses collaborateurs, ou sur sa mission de manager.

Ou bien, il éprouvera le besoin de se poser des questions sur lui-même, ses motivations, ses convictions, ses valeurs, ses références profondes; de faire un « walkabout« * plus ou moins long, pour revenir ensuite à sa situation concrète. A moi de l’accompagner, dans la limite desobjectifs du coaching. En démontrant par mon propre exemple que je peux changer de croyances, je lui ouvre cette possibilité.

En guise de conclusion (provisoire)

Je ne suis pas totalement convaincu d’avoir émis des idées nouvelles, bien que je ne les aies vues nulle part jusqu’ici. Il est vrai que les termes, spiritualité, religion, croyances, etc. sont lourdement chargés. Ma proposition est finalement simple  :  adapter l’idée de la maturation des croyances, et la métaphore de la vie spirituelle et religieuse, au cadre du coaching.

Après avoir tenté de formuler ces quelques croyances sur … les croyances, il me reste à expérimenter en situation ce que cette formulation m’apporte. Asuivre !

*Walkabout est un mot pidgin australien faisant référence au rite de passage des Aborigènes d’Australie, qui allaient dans l’étendue sauvage, loin de leur famille à l’âge de 13 ans, et à leur retour étaient considérés adultes par la communauté.