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Vincent LenhardtRentrée après une longue période de silence! Mes plus plates excuses à mes fidèles lecteurs – qui selon toute probabilité, ont pu trouver quelques autres occupations que la lecture de ce blog passionnant.

Au passage, écrire c'est une chose, mais écrire régulièrement, c'est une autre affaire… Je me suis laissé distraire par le business, par un travail de fond (mémoire) lié à mes études de psy en cours, etc..

Bon, pour cette rentrée, le résumé d'une conférence de Vincent Lenhardt que j'ai organisée avec mon camarade Emmanuel.

C'était le 8 juillet 2010, la toute première conférence du Club Leadership & Coaching  que nous avons lancé ensemble au sein de l'Association des anciens de notre école de management, l'INSEAD.

Vincent Lenhardt est président de Transformance Pro et Senior Advisor auprès du BCG à Paris. Il est l'un des pionniers qui ont introduit la pratique du coaching professionnel en France, avec notamment le lancement de la première formation en 1988. Quel meilleur choix pour "lancer" notre cycle de conférences  !

En partant de la question "Pour être un leader aujourd'hui, faut-il être coaché ?", son intervention émaillée d'exemples vécus en entreprise a repris quelques-uns des grands thèmes qu'il développe depuis, notamment dans son livre "les Responsables Porteurs de Sens".

Les recettes traditionnelles du management ne suffisent plus, nous le savons bien. Le monde a bien changé depuis la formulation des modèles "classiques" du management, dans l'après-guerre industriel. Notre société hypermoderne est marquée par la complexité, l’incertitude et le changement, et cela a provoqué une évolution importante dans le contrat relationnel entreprise/employé : on est passé de la soumission à l’employabilité (« venez chez moi car vous pourrez aller ailleurs »). Les nouvelles épopées managériales, comme Google, mettent en scène des équipes où tous sont entrepreneurs.

L'époque est donc à l'individualisme, à la liberté , et la question posée n'est plus celle de l'alignement mais celle de la responsabilité. Le nouveau rôle des leaders est de reconnaître et développer les compétences de leurs collaborateurs, de créer des espaces pour faire émerger les solutions et des conditions pour que les décisions se prennent. Le leader actuel doit devenir une ressource, et un porteur de sens : après le "big is beautiful" et le "small is beautiful", l'époque est au "meaning is beautiful". C'est plus efficace, aujourd'hui, que le traditionnel "je pense donc tu suis !"

Cette posture nouvelle du leader est fondamentalement paradoxale : par exemple le paradoxe de la complexité « pour garder un certain contrôle je dois être prêt à en lâcher et à en assumer les conséquences » et le paradoxe de la compétence « suis-je suffisamment compétent pour accepter mon incompétence, qui est la condition ou le "lieu" du déploiement de la compétence de mes collaborateurs ».

"Les leaders doivent créer des nouveaux leaders comme les océans créent des continents : en se retirant". Et pourtant le leader reste lui-même responsable… Mieux vaut pour pratiquer un tel leadership, être très au clair sur les questions de la reconnaissance et de l'estime de soi («ai-je accueilli ce que je suis et comment est ce que je l’accepte et le gère ?»)

La difficulté actuelle pour le leader est qu’il lui faut apprendre à superposer et articuler 3 rôles repères : donneur d’ordre hiérarchique (contrôle, ordre, vision ‘pilule’), ressource pour ses équipes(facilitateur de processus et de relations) et porteur de sens (co construction, vision partagée, émergence de nouveaux leaders).

Il s'agit d'une transformation lente, continue, suivant plusieurs dimensions : sa posture de leader, le fonctionnement collectif de son équipe et son organisation, ses valeurs et sa culture. Le coaching intervient pour accompagner l'accès à ces nouvelles postures de leadership. Elles demandent une sécurité intérieure forte, une acceptation de ses motivations les plus profondes, mais aussi de nouvelles compétences relationnelles. Le dirigeant doit en effet, pour pouvoir créer du lien et du sens, développer une bonne intelligence émotionnelle , une capacité de rêve, une ouverture à l’inconscient et aux émotions, une véritable empathie (entrer dans le cadre de référence de son interlocuteur, "comme si" on était lui, mais tout en restant soi-même..), une écoute globale des personnes, une capacité à entrer dans une véritable relation de co-responsabilité.

Dans cette dynamique, le processus de coaching est lui-même une métaphore, une "maquette" de ce que l'on cherche à apprendre.. Le coach professionnel et son client ne travaillent pas dans une logique de transmission du savoir, encore moins de contrôle, mais dans une logique de co-production, de construction du lien et de la relation sur des bases d'accueil et de confiance, de développement du sens en réponse aux situations et aux défis du moment. L'expérience vécue de cette relation se diffuse, dans les relations face -à -face, en Comités de Direction,  dans les équipes.

Ayant posé ces défis pour le leader actuel et son coach, il est clair que pour Vincent Lenhardt le coaching n'est pas fait pour les bras cassés ! Le coach est un peu comme l'écrivain public d'il ya deux mille ans. Il en faudrait un pour 50 personnes, ou peut-être faudrait-il un "cerveau de coach" en veille dans chaque leader…

 Parmi les questions de la salle, retenons en particulier celle concernant la génération Y. Ces jeunes managers qui prennent aujourd'hui des fonctions de leaders n'ont pas été formés à l'ancien modèle, ils vivent les valeurs du monde actuel, connaissent la valeur de la créativité individuelle, ont peu de goût pour les manifestations d'autorité. C'est une génération qui zappe vite, pour laquelle le contrôle est difficile à accepter. Pour Vincent les fondamentaux restent valables pour ces nouveaux leaders : la nécessité d'une sécurité ontologique pour réussir à laisser les autres s'exprimer; le besoin de co-production de sens. Et ce qui est peut-être plus en question qu'auparavant, moins facile : le développement de la responsabilité, à la mesure des nouvelles libertés.

 Sur cette question et d'autres posées par la salle, il ressort que le sujet est loin d'être épuisé. Vincent Lenhardt a résumé pour nous des concepts avancés issus de sa pratique d'accompagnement. Après cette belle première conférence du Club, nous nous préparons à accueillir prochainement 2010 un autre grand pionnier du coaching en entreprise, Alain Cardon.  En parallèle, et notamment en réponse à des suggestions de l'assistance, nous réfléchissons à des formules d'ateliers pour échanger, expérimenter et approfondir ces thèmes.